Pourquoi tout le monde devrait se casser le bras

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En ce moment, et depuis un bon bout de temps, on vit dans une société où il faut être efficace et productif. Plus vite c’est terminé, mieux c’est. Et se chercher et trouver sa place dans la vie ne fait pas exception à la règle. C’est un peu comme chercher ses clefs le matin quand tu es pressé, parce que tu es déjà en retard à ton meeting. Certains sont chanceux et les trouvent rapidement, d’autres fouillent partout avec une technique de recherche douteuse, en y allant au hasard et en revenant sur ses pas. Ils ouvrent 3 fois le même tiroir, regardent 4 fois dans leurs poches de manteau et ouvrent même la porte du frigidaire , juste pour être sur. (J’ai déjà perdu mon cellulaire là, ça vaut le coup de regarder). Pis après avoir perdu du temps, tu finis par les trouver et tu pars en belle peur au bureau.

Moi, je fais partie du monde pressé qui n’a pas eu la chance de trouver leurs clefs dès le départ. Comme plusieurs, je me suis fixé un plan à long terme et j’ai voulu emprunter le chemin le plus court : terminer mon secondaire, faire mes sciences nature en deux ans, entrer à l’université, graduer le plus rapidement possible et entrer sur le marché du travail. Sauf que… on sait tous pertinemment que ça, le chemin le plus court, ça fonctionne rarement. Sauf que ti-cul Pier-Luc en sortant du secondaire, il ne le savait pas encore.

Le Cégep
J’ai fait mes 4 sessions de sciences nat’ en deux ans, j’ai trouvé ça difficile et j’ai détesté chaque minute. Mais j’étais trop orgueilleux pour le faire en 5 ou en 6 sessions. J’aurais perdu du temps, tu comprends? Après avoir obtenu le foutu bout de papier (que je suis jamais allé chercher d’ailleurs) qui me donnait le droit de me rendre à l’université, j’ai réalisé que je savais pas trop ce que je voulais faire. J’étais tellement préoccupé à terminer OPC et pas perdre mon temps, que j’ai pas vraiment pris le temps de réfléchir. Donc, sachant pas trop ce que je voulais faire, mais ne voulant pas perdre mon temps, j’ai commencé un bac en biologie, la seule matière que j’ai vraiment aimé pendant mon DEC. J’ai haïs chaque minute. Après trois sessions, le gars était plus capable, mais il voulait pas perdre son temps. Alors il est allé en sciences infirmières, sachant pas trop s’il allait aimer ça.

Tentative de bac #2 : les deux premières années
Après une session, j’ai vite réalisé que j’adorais les sciences infirmières. Tant mieux, parce que, je voulais pas perdre mon temps, vu que j’en avais déjà perdu deux en biologie. Le plan que je m’étais fait quand j’étais ti-cul était déjà tombé à l’eau, fallait je me dégrouille. Mais j’entame mon bac avec encore le même objectif, finir OPC et aller sur le marché du travail. Et là, je trip. Je trip parce que pour la première fois dans toute ma scolarité, j’ai enfin l’impression d’apprendre un travail, j’ai enfin l’impression que ça va finir par aboutir quelque part, ces études-là. Je me lance à fond : je fais ma première année, je commence ma session d’été en plus de commencer comme préposé aux bénéficiaires à l’hôpital, je réussi à travailler temps plein, je commence ma deuxième année, je la termine, je crée un blogue sur les soins infirmiers au travers, je commence ma session d’été et je débute et termine mon externat en soins infirmiers. Et là, claque dans face. Je suis plus certain d’aimer ça autant que je le pensais. Et je commence à douter. Et ça me fait peur, parce que si j’arrête maintenant, c’est 4 ans de ma vie que j’ai «perdu».

Tentative de bac #2 : la dernière année
Donc c’est un peu épuisé et un peu découragé que je commence ma dernière année. Je suis pas au top de ma forme, j’ai plus envie de continuer, j’ai aucune motivation pour étudier, j’braille tout le temps (ben oui, ça braille aussi un gars). J’faisais peut-être pas une dépression, mais je feelais depress pas mal. Pis là embarque les grandes questions existentielles. Si je suis pas infirmier, qu’est-ce que je fais? Vers quel bac je vais me diriger? Qu’est-ce que je suis en train de faire de ma vie. (Le dude à 23 ans, mais il est pressé, tu comprends). Donc je termine de peine et de misère mon avant-dernière session. Tout le long, j’ai eu envie d’abandonner ou d’alléger ma session, mais j’étais trop orgueilleux pour le faire pis en plus, j’aurais perdu du temps. Anyway, j’avais trippé à mon stage en obstétrique (c’est les mamans qui accouchent ça) et mon stage à l’urgence, je venais d’être engagé comme infirmier (conditionnel à la réussite de mon bac) alors ça me redonnait un peu de pep pour continuer.

Je commence donc ma dernière session. Ouf. La lumière au bout du tunnel toé chose. Pas encore au top de ma forme, mais clairement mieux qu’à l’automne. Je commence mon stage final, un stage que je pensais adorer, pis encore une fois, je doute. J’aime ça, mais pas autant que je le croyais.  Une autre claque dans face et je recommence à me questionner sur l’univers et mon existence. Mais j’ai pas le temps de trouver des réponses : je suis à l’école à temps plein, et stages et travail combiné, je fais entre 40 et 48h à l’hôpital par semaine.

Et c’est justement en sortant d’une journée de stage que je tombe bêtement sur une plaque de glace et que je me casse un os du bras (l’olécrane pour les curieux). Grosso modo : visite à l’urgence, je suis dans la plâtre, je suis en arrêt de travail et de stage. J’ai maintenant tellement de temps libre que je ne sais plus quoi faire avec. Au début, je binge watch des séries, mais un moment donné, tu as fait le tour. Alors là, et seulement là, depuis le début de mes études, j’ai eu du temps pour m’asseoir et vraiment prendre le temps de réfléchir. Mes clefs, j’avais du temps pour les chercher. J’étais plus pressé. Je courrais plus. J’étais plus dans le jus. J’avais littéralement juste ça à faire. Donc j’ai pris mon temps pour arrêter, réfléchir, me questionner, trouver des réponses, comprendre, me recentrer, me ressourcer pis tous les autres verbes que vous voulez. J’ai pris le temps de comprendre pourquoi j’étais malheureux. J’ai pas eu le choix d’arrêter, la situation était hors de mon contrôle, l’univers me l’a imposée. J’ai enlevé mes visières, j’ai arrêté de voir le monde avec mes lunettes de gars qui a pas le temps et qui veut tout faire rapidement. J’ai compris que même si j’essayais de gagner du temps, je vais vivre le même nombre d’années. J’ai compris que courir tout le temps, ça sert à rien et c’est épuisant. Et c’est avec ce temps là que j’ai fini par les trouver mes clefs.

Et se casser le bras, c’est la meilleure chose que je peux souhaiter aux gens pressés.

1 Commentaires

  1. Jonathan Marmen says:

    Wow ! J’ai tellement toujours eu ce sentiment là de ne jamais avoir de temps a perdre et de vouloir tout finir au plus vite, mais je me sens vidé de plus en plus maintenant que la fin de mon bacc est là!

    ça me donne presque le goût de me casser un bras pour m’arrêter et retrouver la passion que j’avais au début de mon programme, parce que ça fait plusieurs mois qu’elle a disparu….

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