Vivre avec une différence

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Je n’en parle pas souvent, mais je vis, depuis ma naissance, avec un handicap assez contraignant. Quand j’étais jeune, je réussissais à passer inaperçu malgré ce dernier, mais maintenant que je suis un adulte, je suis de plus en plus conscient du regard qu’ont les autres sur moi et c’est difficile.

Évidemment, comme pour n’importe quel handicap, je n’ai rien choisi donc ce n’est pas de ma faute si je m’appelle Kevin, mais je dois quand même vivre avec les conséquences, et ce, quotidiennement. Habituellement, dès que je rencontre quelqu’un et lui mentionne que je suis un Kevin, ce dernier cesse de m’écouter. Les gens croient que je ne m’en rends pas compte, mais je sais bien qu’ils sont en train de m’imaginer au volant d’une Subaru Impreza, appuyant vigoureusement sur la clutch avec mes souliers DC Shoes blancs afin de faire un show de boucane. Que si ça ne fonctionne pas, que je vais compenser avec de la boucane de vape que je ferai sortir par la vitre baissée, tout en affichant mes shades style Kanye West datant de genre… 2008. Ce n’est pas compliqué de comprendre qu’à chaque nouvelle rencontre, je pars avec une solide strike. On essaie de faire comme si de rien n’était, mais je m’en rends compte qu’on me juge.

Les Kevin ont une sale réputation, et ce, dès l’école primaire. Au moins, à cette étape, on était 10 par classes. On se partageait tous le stéréotype de l’enfant tannant sans trop en être conscient et on vivait bien avec. Ensuite, plus on avançait en scolarité, moins il y avait de Kevin. Si bien qu’au secondaire, on croirait que la moitié des Kevin ont décidé d’arrêter l’école en 6e année. Sûrement pour aller directement sur le marché du travail. Il faut commencer à accumuler tôt si on veut une WRX STI. Les moins chanceux terminent bien souvent avec un Civic type-R (pas un swap là, un vrai de vrai). Pour ceux qui persévèrent au secondaire, environ 50% (2 des 4 Kevin de la promotion) d’entre eux décrocheront leur diplôme. Bref, vous comprenez le principe. Au cégep et à l’université, la présence des Kevin est minime, voire nulle.

En fait, je n’étais pas certain d’être touché par un handicap jusqu’à ce qu’une gang de campagnards en lendemain de brosse (brosse qui a eu l’air de s’étendre sur pas mal plus qu’une journée, en fait) décide de produire le vidéo amateur de région le plus typique et influent de toute la province. Eux, ils m’ont bien confirmé que malgré moi, je partais désavantagé dans la vie. En voulant souhaiter bonne fête à leur chum Kéveune, ils ont donné des munitions à volonté à n’importe qui ayant juste un peu de mauvaise foi. Ces gens de mauvaise foi utilisent le fameux Continue comme çô à chaque fois qu’une mince occasion se présente. Tout en se trouvant très drôles, ils se voient généralement appuyés de leurs amis ou de ceux qui participent à la discussion. Sans réfléchir beaucoup, ils font de la peine à une personne qui n’a pas choisi la condition dans laquelle elle se trouve et ils minent complètement sa crédibilité de façon permanente, et ce, pour tout le reste d’une vie.

Comme pour toute situation, il faut voir du positif dans sa malchance. Mon handicap est assez léger, mais d’autres n’ont pas nécessairement eu la même chance que moi. Je parle ici des Kevin dont les génies de parents se sont crus rusés de faire usage de variantes du nom (Keven, Kevyn, Kaeven (ouf), etc). J’ose à peine imaginer les efforts que ces derniers doivent faire afin de réussir à vivre avec les conséquences d’avoir un tel nom. Comme je partage un peu leur fardeau, tout ce que j’espère en les voyant, c’est qu’ils réussissent, au fil de leur vie, à se développer et à s’épanouir normalement.

Crédit pour image à la une : B-Town Youth

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