Du voyage solo au périple en duo

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On s’envoie la main à travers l’écran qui nous réunit, malgré les six heures de décalage. C’est mon anniversaire et j’ai insisté pour que tu sois la première personne à me le souhaiter. Parti  depuis à peine deux semaines, tu me manques indéniablement. On flotte sur ce nuage de début de relation, celui qui file le sourire aux lèvres et le rose aux joues en permanence.

On jase de tout et de rien; de ton retour imminent, de mon propre départ qui suivra de près. Toi qui as quitté pour le travail et moi qui projette partir seule vers l’aventure, on se relaie dans nos escapades européennes en prévoyant maximiser cet entre-deux qui nous réunira pour une dizaine de jours. Fébrile, je me prépare à ce nouveau défi aussi excitant qu’effrayant.

Puis, d’un œil dont la brillance est accentuée par les pixels, tu me lâches qu’après mûre réflexion, tu as décidé de me suivre dans mon délire et t’envoler vers les îles avec moi. En un éclair, mon solo serbo-croate se mute en duo Adriatique…

Et moi, assise en indien sur mon lit à Montréal, je suis sans mots.

On va se le dire, c’est déjà là tout un exploit. J’ai la plume aisée et la parole légère, les situations qui me coupent le sifflet sont donc assez limitées. Pourtant, ce « oui » qui devrait naturellement suivre ne vient pas. Lentement, je réalise que j’hésite.

crédit: Judith Fontaine

J’ai longtemps campé le rôle de la célibataire endurcie, un terme que j’abhorre pour tout ce que ça implique: le doute, le rejet, l’indifférence. J’ai travaillé fort pour devenir une personne accomplie, indépendante, fière de mes réalisations. Après tout, il faut s’aimer avant de pouvoir aimer quelqu’un d’autre, n’est-ce pas? C’est dans cette optique que j’ai planifié ce voyage; un défi à relever, une montagne à gravir, un cadeau à moi-même. Puis, tu as débarqué dans ma vie, avec ton infatigable optimisme, pour que je me retrouve aujourd’hui avec un aventurier aguerri qui n’attend que mon signal pour boucler sa ceinture et filer à l’anglaise, merci, bonsoir. Alors pourquoi j’hésite?!

La vérité, c’est qu’une hantise m’habite encore: celle de la rechute. Ce nouveau pas à deux, si tangible, me semble tout à coup trop grand à franchir aussi rapidement. Si j’ai su écarter l’interdiction d’engagement émotionnel, l’idée de retomber, de revisiter ce coin sombre empreint de solitude me paralyse. La peur de tout foutre en l’air me brûle la gorge comme un reflux gastrique et le réflexe de protection est bien présent.

Pourtant, au cœur de ce maelström d’émotions, je perçois la joie. À tes côtés, j’ai trouvé le bien-être, la confiance. Nos rires, notre complicité, des sentiments que j’associe au rush d’adrénaline qui m’inonde lorsque je me retrouve face à un adversaire dans le ring,  à la fierté que je ressens en atteignant le haut d’un mur d’escalade. De cette réflexion me vient la compréhension de la différence fondamentale entre le besoin et le désir.

Un besoin nous dévore, nous ronge de l’intérieur, nous anéantit à petit feu s’il n’est pas assouvi. Un désir se déguste, se savoure et se comble. Je n’ai pas besoin que l’on parte ensemble, au contraire… mais j’ai incroyablement envie de prendre une nouvelle chance avec toi.

« Oui. Pars avec moi ».

Crédit photo à la Une : Mrexcentric

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